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Les superbes céramiques d’Ouzbékistan comptent certainement parmi les plus anciennes et les plus raffinées du monde. Reconnues pour leurs motifs vibrants depuis l’époque où les marchands naviguaient sur la légendaire Route de la Soie, ces pièces sont toujours aussi ravissantes aujourd’hui, ajoutant une touche de couleur sophistiquée aux tables du monde entier.

Les céramistes ouzbeks utilisent uniquement des matériaux naturels, principalement locaux, donnant à chaque pièce une identité spécifique à chacune des régions du pays.

L’argile elle-même a un impact sur la couleur et sur la texture du produit fini. Les plantes ou les minéraux utilisés pour les motifs peints et émaillés– lapis lazuli pour les différentes teintes de bleu ou plantes sauvages d’Ishkor, pour les célèbres émaux de frêne – sont tous blanchis à la main.

L'histoire

La céramique fait partie de la civilisation humaine depuis des millénaires, évoluant constamment à nos côtés ; mais c’est l’avènement des émaux à la fin du VIIIe siècle qui a fait de la céramique ouzbek ce qu’elle est aujourd’hui.

Le premier centre de céramique est né non loin de Samarkand, dans l’ancien village d’Afrasiab. Plusieurs des caractéristiques qui rendent la céramique ouzbèke si dynamique ont été développées ici, telles que les motifs combinant représentations de nature et motifs géométriques complexes. Les oiseaux et les animaux stylisés font partis du répertoire des motifs populaires souvent inspirés des légendes locales. Comme les glaçures au plomb ne gênaient pas les couleurs, les artisans locaux pouvaient créer des motifs fantastiques.

Le Moyen-Âge a vu l’aube d’un Âge d’Or culturel. La Route de la Soie, très animée, a attiré des artisans des quatre coins du monde. De nouvelles couleurs et de nouveaux motifs sont apparus : pivoines, phénix, cerfs, cigognes et dragons de Chine, ainsi que de somptueuses arabesques et motifs végétaux d’Extrême-Orient, agrémentés de couleurs bleues et turquoises éblouissantes.

La poterie était très demandée, allant des objets de la maison aux cadeaux de mariage, en passant par les carreaux de faïence décorant les nombreuses et splendides mosquées et madrasas qui ont vu le jour à cette époque.

À mesure que les artisans perfectionnaient leur art et leurs connaissances transmises de père en fils, des styles régionaux reflétant la riche diversité naturelle et culturelle de l’Ouzbékistan ont émergé.

École du nord-est

Niché dans la luxuriante vallée de Ferghana en Ouzbékistan, Rishtan est l’un des plus anciens centres d’art de la céramique en Asie Centrale. Reconnue pour ses fabuleux motifs et ses superbes dessins, la céramique  classique Rishtan déploie sur un fond blanc ou turquoise un motif central audacieux, généralement inspiré par des fleurs, des grenades, des amandes ou toute autre forme de motif floral nommé ‘Islimi’.

Les objets d’usage tels que les couteaux, les pichets, etc. sont également courants. Selon la croyance locale, comme le ciel sans nuages ou l’eau pure, le bleu est la couleur du bonheur. Ainsi, les ornements se combinent au célèbre glaçage Ishkor, fait à la main pour produire une profusion de bleus : cobalt, turquoise, indigo et bien d’autres.

Grâce à la haute qualité et à la pureté de l’argile locale, les céramiques Rishtan sont extrêmement fines, et confèrent aux objets du quotidien, telles que les assiettes, les tasses et les assiettes lagyan, un air d’une beauté raffinée.

Bien que le travail de maîtres d’autres régions de la vallée de Ferghana ait été peut-être plus rudimentaire en matière de forme, il demeure remarquable par leurs détails de décoration incroyables, leurs compositions fantastiques et leurs motifs de bordures complexes.

Les artisans de Gurumsar étaient les maîtres de la « technique de l’image inversée » – si l’on observe les motifs bleus, le blanc devient l’arrière-plan, et lorsque l’on se concentre sur cet « arrière-plan », un dessin complexe apparaît et le bleu se fond dans le décor. Pour garder les couleurs pures et éviter les dégradés de couleurs indésirables, le saule a été utilisé dans les fours car il dégage en brulant une fumée blanche qui n’est pas absorbée par le vernis.

L'Ecole Centrale

Il y a mille ans, cette région était déjà connue pour ses décors à fonds noirs, rouges et blanc crème, composés de décors vert, jaune, rose et marron. Les exemples les plus célèbres, et peut-être les plus anciens, portent une inscription coufique gravée en noir sur fond blanc. Les autres ornements incluent des rosettes, des palmettes, des fleurs, des plumes de paon et des motifs géométriques.

Les décors traditionnels à l’argile (ou engobes) utilisés par les artisans de Gizhduvan pour créer les couleurs naturelles de leurs belles pièces sont une autre caractéristique spécifique de la région. Chaque décor peint est appliqué à la main avec des pigments naturels sélectionnés : pigments rouges du mont Karnab de la chaîne Nurata, jaunes du désert de Kyzylkum près de Gazli et blancs issus d’un gisement près de Tachkent.

Une fois décorées, les pièces sont ensuite recouvertes d’une glaçure de plomb transparente et cuite, donnant des couleurs naturelles, résistantes et attrayantes, mettant l’accent sur les jaunes, les verts et les bruns.

Une autre caractéristique remarquable de l’école centrale est la technique rare du Chisma ou du Sgraffite mise au point par des maîtres d’Urgut et de Denau.

École du sud-ouest

Les céramistes du Khorezm sont célèbres pour leurs plateaux de Badiya bleus, plats décorés avec un labyrinthe de dessins entrelacés de quadrilobes. Dans les villes voisines de Madyr et de Khiva, des maîtres-céramistes ont mis au point un style distinctif consistant en une bordure à la fois pratique et esthétique. À la fin du XIVe siècle, on retrouve une influence russe sur les motifs – fragments d’objets du quotidien tels que le samovar. Au milieu du XXe siècle, les rosettes, les palmettes et les vrilles cèdent la place à une conception plus géométrique du décor, le célèbre Girikh, qui est toujours la marque de fabrique de la céramique Khorezm aujourd’hui.

Aujourd'hui

La culture ancestrale des artisans céramistes ouzbeks se perpétue de génération en génération. La passion guide la main et l’imagination des artisans. 

Les techniques, les modèles et les recettes sont transmis de génération en génération, de famille en famille. Le 20ème siècle a apporté des changements majeurs à tous les aspects de la vie en Ouzbékistan et, dès les années 1950, la céramique fabriquée à la main fut un art en voie de disparition, les produits manufacturés envahissant le marché. Les techniques traditionnelles ont alors été progressivement oubliées, les motifs traditionnels ont cessé d’être utilisés et la recette des glaçages d’Ishkor en voie d’extinction. De nombreux ateliers et centres renommés ont fermé leurs portes et les enfants des artisans se sont tournés vers d’autres professions.

Cependant, certaines guildes et familles ont réussi à conserver leurs savoir-faire et la céramique ouzbek connaît aujourd’hui une renaissance.

Les artisans de Rishtan, Gizhduvan, Shahrisabz, Urgut, Khiva font revivre peu à peu des techniques ancestrales.